le Studio Mallet-Stevens

5 questions à Jean-Marc Manusardi  

Dessin Edouard Menkès

Le nom de Robert Mallet-Stevens s’associe à la célébration des 50 ans de la marque Habitat. Une signature prestigieuse aujourd’hui gérée par le Studio Mallet-Stevens. Rencontre avec son petit neveu Jean-Marc Manusardi pour nous conter l’histoire de ce partenariat orchestré dans la complicité ! 

Robert Mallet-Stevens, l'architecte

Comment est né le partenariat Studio Mallet-Stevens avec Habitat ?

 

Il est le fruit de la politique de création d’Habitat qui vise à réunir les jeunes pousses du design, les designers confirmés et les signatures iconiques. Figure emblématique de l’entre-deux guerres, Robert Mallet-Stevens incarne les valeurs de la dernière catégorie, non sans compter qu’il fait partie de notre patrimoine Français, tout comme Habitat aujourd’hui ! C’est une signature qui donne de la visibilité à la marque tout comme elle nous permet de faire connaître le travail de ce grand homme auprès d’un large public via ses enseignes en France et à l’étranger. 

Sur quoi est fondé ce partenariat ?

 

Nous avons signé un contrat de licence exclusive mondiale sur la base de 10 modèles dont six figurent déjà au catalogue. Parmi eux, on retrouve la « chaise d'office » (1931) exposée au MoMA de New-York dans les années 80, le fauteuil conçu pour la terrasse de la villa du vicomte de Noailles à Hyères, ou des pièces de la collection du château de Gourdon, ancien Musée des Arts décoratifs et de l'Art Moderne (MADAM). Comme le souhaitait Pierre Favresse, directeur artistique de la marque, ces choix de modèles s’inscrivent en cohérence avec la collection Habitat. Ce travail de réédition a été mené de concert avec le studio de création d’Habitat. Nous avons travaillé sur la traçabilité des pièces originales, modifié certains détails, trouvé des solutions techniques, élaboré des prototypes. Si les matériaux ont été respectés, seule la table fait exception avec un placage à la place d’une laque, car trop fragile et trop cher à réaliser. Autant d’adaptations nécessaires dans le respect des originaux pour positionner la gamme dans le meilleur rapport qualité/prix. Cette complicité dans le travail fait aussi toute la richesse de ce partenariat. 

Quel est le rôle du Studio Robert Mallet-Stevens ?

 

C’est avant tout une longue histoire de famille et de filiation artistique qui m’échoue avec bonheur aujourd’hui pour faire perdurer l’œuvre mais aussi l’esprit de Robert Mallet-Stevens ! Le nom était sur le point de tomber dans le domaine public. Il était donc de notre devoir, en tant qu’héritiers, de le protéger au risque de se faire spolier son travail. Nous avons donc créé en 2009 une marque Studio Mallet-Stevens afin de gérer son œuvre via des rééditions de bonne facture mais aussi de la valoriser par l’édition de mobilier et d’objets contemporains. L’exercice qui fait sens, comme c’est le cas avec Habitat, est de l’instruire dans une culture de marché avec la réalité économique qui va avec. 

Quels messages souhaitez vous faire passer au travers l’œuvre de Mallet-Stevens ?

 

Celui de la modernité ! Il faut remettre en mémoire au grand public le rôle qu’a joué Robert Mallet-Stevens (1886-1945) sur la scène artistique française. Architecte avant-gardiste, par son approche pluridisciplinaire - architecture, cinéma, décoration -, il a su libérer les volumes par l’usage de matériaux modernes comme le béton armé et agréger tous les savoir-faire pour décorer des intérieurs dans une quête alliant esthétique et fonctionnalité. Son héritage est aussi riche qu’éclectique* mais il n’a eu de cesse de défendre des valeurs humanistes. Pour lui, la paix sociale répond d’une bonne politique d’urbanisme et de qualité de l’habitat. Une certaine idée de l’espace, de la lumière, du confort au service de tous. Ce passé éclaire tout simplement notre présent des principes fondateurs de l’architecture moderne et du design. 

Quelles sont les valeurs communes entre Mallet-Stevens et Habitat ?

 

Mallet-Stevens fut le président de l’U.A.M. (Union des Artistes Modernes). Fort de regrouper artistes, artisans et industriels, ce mouvement s’est inscrit dans un héritage de l’art social par la diffusion au plus grand nombre d’un savoir esthétique. Il s’est également réclamé d’une filiation avec les mouvements allemands dont le Bauhaus, précurseur du design. Vous savez combien l’ADN de la marque Habitat via son créateur, Sir Terence Conran, est attaché à la période du Bauhaus et à la notion du beau et de l’utile accessible. Le choix de Mallet-Stevens est donc apparu comme une évidence pour Hervé Giaoui, PDG d’Habitat. Les deux philosophies ne faisaient plus qu’une ! Sans compter que le travail de Mallet Stevens, s’il est passeur de culture, affiche dans son style l’essence d’une redoutable modernité !

 

* On lui doit des réalisations majeures comme la villa Noailles à Hyères, la villa Poiret à Mézy-sur-Seine, la villa Cavrois à Croix et à Paris, les habitations dans la rue qui porte son nom, celle des frères Martel au n° 10 de la rue ou encore la Maison atelier Barillet qui abrite aujourd’hui le musée Mendjisky. Il a également édifié les pavillons pour l'Exposition des arts décoratifs (1925) et l'Exposition internationale de Paris (1937).