De l'idée au motif

Les coulisses de la création

Parce que la création est au cœur de nos passions (et inversement), La vie est design va pour vous à la rencontre de ceux et celles qui font le design. Aujourd'hui, nous donnons la parole à Marjolaine et Floriane, deux talents du studio de design Habitat. 

 

Quel est votre rôle dans le studio de design?

 

M- Nous sommes toutes deux designers graphiques. Pour ma part, en plus de mon rôle dans le branding et le packaging des produits, j’interviens dans la création des motifs et graphismes sur différents supports chaque saison, depuis le dessin jusqu’au fichier technique qui sera envoyé au fabricant. Pour ce faire, nous nous basons sur l’orientation de collection qui est élaborée par le directeur de création, Pierre Favresse, deux fois par an. C’est notre point de départ pour commencer le travail d’inspiration, de création puis de développement.

 

Quel est votre parcours ?

 

Marjolaine - J’ai fait une école d’arts appliqués après le bac, puis j’ai travaillé presque 4 ans dans une agence de design et communication à Paris de rejoindre l’équipe de design d’Habitat.

 

Floriane - Pour ma part, après un bac STI Arts appliqués qui m’a permis d’aborder la mode, l’architecture, le design et le graphisme, j’ai fait un BTS de communication visuelle, puis un DNSEP spécialisé en typographie et édition. J’ai intégré le studio de design Habitat à l’occasion de mon stage de fin d’études, durant lequel j’ai travaillé sur les motifs et l’illustration, et je suis restée ! 

F- Je dessine des motifs et des illustrations qui sont ensuite appliqués sur différents supports —textile, arts de la table, accessoires. Chez Habitat c’est un peu comme dans la mode, on travaille par collection — printemps/été et automne/hiver. Comme l’a dit précédemment Marjolaine, pour chaque collection, nous suivons une orientation élaborée par Pierre, qui nous dicte le thème de la saison, les couleurs et les matières comme base de notre création. On démarre à chaque fois par une phase de recherche, puis on commence à gribouiller, on dessine à la main ou sur ordi, on découpe, on scanne… Et pour finir on finalise les pistes sélectionnées par ordinateur et on les décline sur différents supports en fonction des ambiances créées pour la collection

Lorsque vous vous inspirez d’un motif traditionnel, comment l’actualisez-vous ?

 

M- La modernisation d’un motif traditionnel est une question très subjective. Par exemple, on peut moderniser une toile de Jouy en la passant en fluo mais l’illustration conservera son côté désuet lié à la technique de réalisation (la gravure). Pour ma part, j’essaie d’actualiser un motif en le simplifiant beaucoup et en le réinterprétant grâce à l’ordinateur, car il me semble que c’est la modernité de l’outil qui permet de moderniser le motif.

 

F- Tout dépend de ma source d’inspiration. Je peux moderniser un motif en changeant ses couleurs, en l’épurant ou bien au contraire en le complexifiant, parfois même en le mixant avec des éléments graphiques plus contemporains.

 

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour cette saison ?

 

M- Cette saison, le thème est le Japon. Nous avons donc fait des recherches sur les techniques traditionnelles en textile, en impression, les estampes, les motifs typiques que l’on pouvait revisiter…

 

F- Pour cette collection on a voulu travailler sur des motifs faisant référence à l’histoire artistique du Japon, son savoir-faire, en puisant dans la tradition asiatique. L’une des mélamines, par exemple, reprend un élément graphique traditionnel récurent au japon : la vague, avec une palette de couleurs vives qui permet de l’inscrire dans une dimension plus contemporaine... l’autre fait référence à l’origami, l’art du pliage de papier. C’est le mélange Tokyo/Kyoto, entre tradition et modernité.

Quelles sont les règles à respecter lorsque l’on crée un motif ?

 

M- Je pense qu’il n’y a pas vraiment de « règles », sauf si le motif est créé dans un but précis. Dans le cas d’une housse de couette ou d’un lé de papier peint, par exemple, il sera incontournable de concevoir un raccord — cette amorce de motif  qui permet de le faire continuer à l’infini lorsqu’on le met bout à bout, de n’importe quel côté. C’est un travail délicat qui doit être anticipé dès la conception du motif.

 

F- Je préfère parler de contraintes plutôt que de règles. Par exemple la technique d’impression du motif, ou le support auquel il est destiné. Et bien sûr, dans le cas d’un motif répété, les raccords. Ce sont autant de « petites » choses qu’il est nécessaire d’avoir en tête avant de se lancer dans la création à proprement parler. 

On ne crée pas de la même façon pour un petit objet, un coussin ou une housse de couette. Quelle est l’influence de la surface sur le motif ?

 

M- C’est avant tout une question d’échelle, qui sera déterminée selon ce qu’on veut montrer du motif sur une surface donnée. La matière est également un facteur essentiel : on évitera par exemple de créer un motif trop détaillé pour un support en coton très épais car les détails ne se verront pas.

 

F- L’échelle, la distance dont on dispose pour lire le motif est évidemment déterminante. On se permettra plus de détails sur une assiette que l’on tiendra proche des yeux que sur une housse de couette ou un tapis que l’on verra avec un recul naturel. A support petit, motif petit et délicat ; à support large, gros motif et moindre complexité. Mais encore une fois, cette logique d’échelle n’a rien d’une règle absolue et il peut être intéressant de déjouer les codes pour surprendre, selon, bien sûr, le public auquel on s’adresse.

 

 

Comment les motifs se déclinent-ils d’un support à un autre ?

 

M- Pour passer d’un support à l’autre, on peut simplifier un motif ou le décomposer pour n’en extraire qu’un seul élément, ou bien au contraire l’enrichir pour le rendre plus complexe. Un motif peut aussi être décliné en différentes couleurs. Il n’y a pas vraiment de règles, sinon que plus le motif est riche plus on trouvera d’axes pour le décliner.

 

F- Si le motif décliné est complexe on peut choisir d’en extraire des éléments pour les disposer sur différents supports, comme des clins d’œil au motif sophistiqué d’origine. On pourra par exemple extraire un élément d’un motif travaillé en « all over » sur un coussin pour l’utiliser en « placé » sur une assiette.

Chez vous comment est votre décoration, comment peut-on mixer/jouez vous avec les motifs ? Quels sont les pièges à éviter ? Pouvez vous nous donner vos astuces ?

 

M- Je suis plutôt favorable au mélange ! Je pense que tout est permis, les motifs et les couleurs doivent se côtoyer, il faut oser le mélange… à condition de savoir s’arrêter à temps. On peut très bien accumuler des coussins aux motifs différents si le canapé est d’une couleur sobre ou d’un style simple, et si la décoration de la pièce n’est pas trop chargée. De la même façon qu’on peut accrocher vingt tableaux différents sur un mur s’il est uni ou avoir une vaisselle dépareillé si le linge de table n’est pas criard, brodé de sequins ou de grosses fleurs d’Europe de l’est. Selon moi, tout est question d’équilibre.

 

F- Les possibilités sont infinies! Une simple couleur en commun permet d’assortir deux imprimés complètement différents et donner l'impression qu'ils sont fait l'un pour l'autre ! Chez moi, par exemple, j’ai joué sur l’accumulation de coussins sur le lit : les motifs sont tous noirs, tissés ou imprimés, tous différents, seule la couleur de fond et le tissu du coussin changent. Pour être sûr de ne pas se tromper, on peut commencer par s’amuser avec des motifs noirs et blancs. Cela fonctionne toujours, quelles que soient la nature du motif, sa taille ou sa technique d’impression. On peut aussi décider de casser les imprimés en les additionnant à un uni. Dans notre salon, c’est plus coloré, on a deux imprimés forts, avec beaucoup de couleurs et quelques petits coussins unis en lin qui reprennent des couleurs présentes dans les imprimés. Mixer les motifs c’est un jeu auquel n’importe qui peut jouer, on enlève un coussin, on en ajoute, on les change de place, et quand on est content, on fige tout. On reprendra ce jeu plus tard, quand on se sera lassé. Le coussin c’est un accessoire abordable et facile à remplacer, qui peut changer toute une déco et la dynamiser.

Fauteuil Daborn, Habitat

Un mot de la fin sur la collection actuelle ?

 

M- Fraîche !

F- Japonisante !