Claire Leina 

Interview

De son enfance au Brésil, Claire Leina, jeune talent du design graphique, a conservé l’amour de la faune et de la flore. Un côté un peu sauvage qu’elle ne cesse de dompter avec la gaieté qui la caractérise.

Quel est votre parcours ?

Je suis diplômée de l’Ecole de Communication Visuelle d’Aix en Provence. Une formation graphique que j’ai mis au service du textile en mode en devenant l’assistante du directeur artistique Benoît-Pierre Emery chez Hermès. J’ai travaillé pour des dessins appliqués à des étoles, des foulards en soie… pour Kenzo, Bompard, et bien d’autres. Puis, j’ai quitté Paris pour revenir sous le soleil de Marseille où je suis installée en free-lance depuis 2008. C’est à ce moment là que j’ai eu envie d’aller vers la déco. J’ai créé une collection de papiers peints pour une marque australienne et il y a eu l’aventure Habitat. Toujours à la recherche de nouveaux créateurs, j’ai eu la chance d’être repérée par Pierre Favresse, son directeur artistique ! 

Comment vous définissez-vous sur la scène du design graphique ?

On a toujours peur de se perdre dans la foule des créateurs. Je dirais que mon expérience transversale dans la mode et la déco est un atout pour moi. J’aime la diversité dans le travail, prendre des projets en main, travailler l’identité d’une marque dans une approche plus globale. Après bien sûr, il y a ce que je suis, mon univers, mon inspiration et le trait qui me caractérise, fin, manuel voire charnel, aquarellé ou non selon les projets… Bref, on s’attache, me semble-t-il, à mon côté féminin et poétique. 

 

 

 

ERIC BOMPARD, Carrés Cachemire Éric Bompard, 2011/2012/2013

 

La thématique de la faune et la flore a toujours été une source d’inspiration, qu’évoque t-elle pour vous ?

J’ai vécu en Amérique du Sud et en Afrique où la nature est colorée et luxuriante. C’est donc l’univers de mes souvenirs d’enfance, jusqu’à mon retour en Provence à l’âge de mes 15 ans. J’ai gardé la passion des voyages et des plantes en particulier. Je continue à m’enrichir de paysages, je puise dans ces images et je m’abreuve d’expos… C’est drôle car l’exotisme tropical, le Brésil par exemple où j’ai grandi, est dans la mouvance. Moi, j’ai baigné dedans et je n’ai pas attendu pour m’en inspirer ! Il y a là une part de rêves, d’ailleurs qui nous fait plonger dans un monde plus sauvage, plus naturel et surtout plus festif ! 

 

 

 

WALLPAPER REPUBLIC, Papier peint pour Imgs Custom

Wallcoverings (Australie)

 

 

 

AREA ENVIRONMENTS, Papier peint pour Area Environments, Mineapolis. © Area Environments

 

 

AREA ENVIRONMENTS, Papier peint pour Area Environments, Mineapolis. © Area Environments

Quelles sont vos sources d’inspiration dans ce domaine et en particulier pour Habitat ?

Il est vrai que j’ai travaillé deux collections autour des animaux mais dans deux registres différents. L’une pour le Printemps/Été 2014 sous le signe du Brésil - actualité oblige ! - et l’autre appliquée à l’univers des enfants. La première fait appel à ma mémoire et mon imaginaire, elle met en scène une collection d’oiseaux tropicaux - haras, toucans, perroquets… - dans leur plus pure expression. A l’unité ou multiplié, les motifs animent vaisselle, coussins, fauteuils pour une lecture évidente et colorée. La seconde est beaucoup graphique, j’ai joué sur le principe de l’origami. Le trait est épuré mais la construction suscite le volume. Une  simplicité qui sied aux enfants.  

 

 

 

Assiette en mélamine Brasil Birds  et  fauteuil Daborn en tissu

 

HABITAT, Collection pour Habitat - Automne-hiver 2013/2014

Quel regard portez vous sur la création d’aujourd’hui ? 

Je constate que c’est les pièces les plus sobres qui se vendent le mieux aujourd’hui comme s’il fallait assurer un retour sur investissement avec un design plus pérenne. On ne prend plus de risques et c’est dommage ! Raison pour laquelle, je pars m’expatrier en Angleterre où le design graphique, inhérent à la culture de ce pays, est plus inspirant, plus créatif et plus ouvert. Paradoxalement, l’expression de la couleur et du motif va crescendo. Les papiers peints par exemple sont plus chargés qu’avant, peut-être aussi parce qu’ils s’utilisent différemment, comme un tableau à accrocher sur un pan de mur. Tant mieux car c’est là mon univers. Il faut ouvrir le champ à l’évasion et au rêve. Et je pense que le climat s’y prête bien en décoration ! 

 

Quelle est votre actualité du moment ? 

Je finalise la décoration d’un restaurant Teppan Yaki à Aix en Provence, spécialisé dans la gastronomie japonaise, dans lequel j’ai fait imprimer d’énormes tatouages japonais sur les murs, sols et plafonds. Et, passé l’été, je pars en quête d’une nouvelle liberté à Londres, histoire de recharger mes batteries créatives et nourrir mon émulation graphique que je compte bien réexporter en France avec deux nouvelles collections riches en motifs pour Habitat pour l’Automne/Hiver 15/16 ! 

 

 

© Benjamin Godiniaux