Charles Kalpakian  //  Entre Orient et Occident

Charles Kalpakian s’est rodé auprès des plus grands avant de voler de ses propres ailes. Il signe aujourd’hui une série de trois boîtes pour Habitat dont le design est nourri par une culture de l’ailleurs. Né au Liban, d’origine arménienne et ancré en France, Charles Kalpakian aime à se définir « designer mobile ». Ses territoires sont aussi mélangés que sa création dont les influences orientales se mêlent à une culture occidentale empreinte de modernité.

Quel est votre parcours ?

Un BTS de Design Produit en poche suivi d’un stage au sein de l’agence Ora-ïto, un poste d’assistant de création chez les architectes Leberre et Guillois, des collaborations avec Frédéric Ruyant, ChafikDesign et VeniseWorkshop puis la responsabilité de l’équipe design à l’agence Christophe Pillet m’ont permis de me forger une solide expérience en design et architecture intérieure. Il y a trois ans, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et de créer mon Studio Hellokarl. La rencontre avec Béatrice Saint Laurent, fondatrice de la galerie BSL, a aussi été déterminante pour asseoir ma propre écriture.

Comment pourriez vous vous définir en tant que designer sur la scène du design ?

Je me définis volontiers comme un designer mobile, car je ne me vois pas exclusivement dans la peau d’un designer produit. Je viens de la culture du Street Art. Je travaille le graphisme et la scénographie. Le cinéma m’inspire. Mes deux piliers d’origine que sont le Liban et l’Arménie me guident pour d’autres projets d’envergure à caractère historique et culturel. Tout est ouvert, rien n’est figé. Il m’importe de m’enrichir au travers d’expériences collectives tout comme de prendre le recul nécessaire pour créer différemment.

Votre signature fusionne Orient et Occident, sur quoi repose votre création ?

Mes racines font ce que je suis. Mon grand-père était ébéniste au Liban, il créait du mobilier pour les églises, j’ai encore ses dessins et ses outils. Mon père était graphiste. Il y a donc dans cet héritage une conscience à faire émerger l’essence de l’artisanat, des métiers d’art et du savoir-faire industriel. J’aime à réinterpréter le passé et à le traduire dans la modernité, à faire fusionner les techniques et les disciplines, à jouer de toutes les matières et surtout de la couleur. Comme par exemple reprendre des motifs graphiques de la marqueterie, issus de l’histoire des arts décoratifs et des motifs iconiques de l’histoire et de la géographie libanaises, tel le Cèdre du Liban, pour les passer au filtre d’une culture urbaine et contemporaine.

 

Quelle a été votre inspiration ? 

Les codes années 50's et le travail du bois de Gio Ponti (ci-dessous), de ces petits objets oubliés dont on a toujours besoin.

 

Quelle fonction imaginez-vous pour cet objet ? 

L'espace de l'entrée est généralement compliqué à aménager, le courrier, les cartes postales, des cartes de vœux, les mémos, les photos, facture à payer (galère, galère)....bref ce petit cadre en bois est une zone de sérénité ou l'on présente ces objets, on ne les cache plus et on ne les oublie plus….  

Cet objet est le porte manteau du courrier, des photos !

 

Quels « codes » avez-vous repris ?

Généralement ces petits rangements sont souvent en tissus, ici je l'ai traduit comme un petit objet réalisé chez l'ébéniste du coin tout en apportant du sens et du soin au travail du bois. 

News Board l'organisateur mural pour Habitat

Quelle a été votre inspiration pour les boîtes créées pour Habitat ?

On m’a demandé de créer des accessoires à distribuer dans une entrée jusque sur une table. J’ai choisi de faire des boîtes car J’aime l’idée de ce contenant aux multiples usages dont la fonction est de loger des tas de choses, secrètes ou pas. Elles s’inscrivent aussi dans ma culture orientale. Il est de coutume d’accueillir les invités avec un thé et des sucreries disposées dans une boîte. J’ai repris la forme octogonale que j’ai adouci et opté pour du bois laqué pour casser les codes. Remises au goût du jour, elles se déclinent en trois tailles et en trois couleurs. Sobre et contemporain, le noir contrecarre le rapport à l’Orient. Le jaune rappelle l’éclat du soleil et le rose poudré évoque la féminité pour y ranger des bijoux par exemple.

Les Candy boxes pour Habitat

Si vous aviez un autre objet à faire pour Habitat, que feriez vous ?

Avant un objet, je pense plutôt à une installation grand public (sur la place de la République par exemple !) dont l’objectif serait de décrypter le processus de création, de la conception à la fabrication d’un produit. Il y a là des savoir-faire multiples et variés et au cœur de tout cela, des hommes qui, du bureau de création aux ateliers jusqu’aux usines de production, amènent leur pierre à l’édifice. J’ai beaucoup de respect pour cette chaîne humaine et il faudrait que le grand public comprenne comment ça marche, quelle est l’intervention de la main de l’homme dans un objet d’exception, quel qu’il soit.

Quel regard portez vous sur la création d’aujourd’hui ?
Je m’intéresse à la culture des savoir-faire et à la place de l’être humain dans ce dispositif. Pour moi, le design a un côté social en ce sens qu’il est utile à la société pour faire avancer la création tous azimuts. Mais c’est aussi un marqueur culturel qui agit comme courroie de transmission. Je pense que la création est facteur de renouveau pour tous les peuples. Il suffit de regarder ce que l’Egypte a laissé ! S’il n’y a pas de fond, il n’y a pas de création et c’est ce que s’emploie à faire Habitat dans son renouveau pour un design bien pensé, des produits accessibles et bien finis.

Quelle est votre actualité ?

Depuis 2011, j’ai fait du design produit, des créations de luminaires, de mobilier, des arts de la table, du packaging, des logos, de l’affiche, de la réédition (gamme de luminaire du post-designer B.Schottlander), de la scénographie … dans le cadre de collaborations avec Darenart, Pierre Gagnaire, La Chance, la galerie BSL, OmikronDesign et la société d’édition DCW… A venir, des luminaires en suspension pour Nemo Cassina et la présentation d’un fauteuil en autoproduction qui sera prochainement exposé dans mon atelier. Je m’intéresse aux matières et aux tressages. Dans ma ligne de mire, le feutre, le carbone, la laine, le cuir… Aujourd’hui, il faut du temps, il faut expérimenter, dessiner, réinterpréter pour donner de la valeur ajoutée et surtout ne pas chercher à reproduire ce qui a été déjà fait même si aujourd’hui on a tendance à considérer que la quintessence du design appartient à la période des années 30, 40, 50. Faire avancer les choses, voire même faire évoluer la place du designer dans notre société, voilà quel est mon postulat !